Ceci est un exemple d’antésuperstition, autrement dit un dérivé d’une ancienne superstition dont on a oublié l’origine, et qui en a donné une autre.
Dans le temps, on pensait que la bouche était la voie privilégiée par laquelle les démons prenaient possession du corps. Le fait de parler, de remuer les lèvres tout en expulsant de l’air, était suffisant pour repousser les attaques. Mais lors d’un baillement, le souffle n’a que très peu de puissances, et la bouche reste grande ouverte ; n’importe quel démon a alors quartier libre. C’est pourquoi il fallait bailler en se couvrant la bouche ; ainsi, l’entrée était bouchée (vous apprécierez le jeu de mot).
Cette croyance venait elle-même d’un passé bien plus lointain…
Dans l’Egypte Antique, la bouche était la voie de communication entre le corps et l’âme. A noter qu’à cette époque, on n’avait pas une mais cinq âmes! L’une d’entre elles était liée au souffle divin. Bailler était dangereux, car une partie de notre essence s’en allait avec notre expiration. Les Egyptiens ne baillaient donc jamais que la bouche fermée. C’est pour la même raison que l’on utilisait dans les offices d’embaumement une serpette d’or afin d’écarter les mâchoires du défunt. Ainsi, l’âme pouvait réintégrer le corps à loisir.
En d’autres termes, bailler sans mettre sa main devant la bouche n’est pas impoli en tant que tel ; c’est virtuellement dangereux pour votre âme!