Le manuscrit de Voynich est une énigme qui intrigue depuis près de 100 ans… mais qui aurait pu intriguer depuis 600 ans!
Ce mystérieux grimoire écrit sur du vélin authentique, à savoir de la peau de veau mort-né, matériau le plus tendre qui soit, aurait en effet été rédigé au 15ème siècle, entre 1404 et 1438 d’après la dernière datation au carbone 14.
Mais de quoi parle-t-on exactement?
Le manuscrit en lui-même est un petit cahier d’environ 15 cm sur 23 cm. Il a sans doute contenu 276 pages au départ, mais seules 232 sont parvenues jusqu’à nous.
Ce n’est donc pas Voynich qui l’a rédigé, contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire. Je reviendrai plus tard sur son étrange parcours.
Le livre est composé de cinq grandes parties que l’on peut décrire ainsi :
- Herbier :
Une section étrange où sont représentées des plantes qui n’existent pas dans la nature pour la plupart…
- Astrologie :
Une partie dédiée aux signes du zodiaque. On pense également que certaines notions astronomiques sont également exposées ici.
- Physiologie :
Une section encore plus déroutante mettant en scène des femmes nues se baignant au milieu de machineries complexes à l’utilisation indéchiffrable, mais faisant pensant à un réseau d’organes externes, et artificiels…
- Cosmologie :
Des plans et des cartes de terres inconnues, généralement circulaires, notamment 9 îles reliées par des chemins, qui ne trouvent pas leur équivalent dans le monde réel.
- Herboristerie:
Une dernière section présentant des procédés d’extraction de parties végétales laissant à penser qu’il s’agit d’un guide de fabrication pour des remèdes.
Du moins c’est ce que l’on a conclu à partir des illustrations… Car le grand mystère concernant le texte est qu’il est rédigé dans un alphabet inconnu, et donc une langue inconnue.
Plus de 170 000 signes d’un alphabet constitué de 20 à 30 symboles composent les quelques 35 000 mots que comporte l’ouvrage.
Afin de faciliter l’analyse des glyphes (des lettres) présentes, plusieurs transcriptions en caractères latins ont été créées au fil du temps.
La plus célèbre d’entre elles, l’EVA (European Voynich Alphabet) permet une analyse facile des mots, et permet surtout de se rendre compte très rapidement que le texte ne veut absolument rien dire!!
Exemple du premier paragraphe de la première page :
fachys ykal ar ataiin Shol Shory cThres ykos Sholdy
sory cKhar or y kaer chtaiin Shar are cThar cThar dan
syaiir Sheky or ykaiin Shod cThoary cThes daraiin sy
doiin oteey oteos roloty cTh*ar daiin otaiin or okan
dair y chear cThaiin cPhar cFhaiin ydaraiShy
Dans tout le manuscrit, des mots inconnus se répètent parfois jusqu’à trois fois de suite (comme dans l’exemple ci-dessus le « mot » cThar). Aucune forme de conjugaison, ou de notions de syntaxe, ne se dégagent de cet ensemble, et aucune des tentatives de décryptage n’a donné de résultats convaincants.
Ainsi, Edith Sherwood, « Philosophae Doctor », autrement dit chercheuse, prétend avoir trouvé une explication rationnelle aux termes rencontrés.
Partant du principe que Léonard de Vinci en personne pourrait être l’auteur de l’ouvrage, elle part du postulat que le texte est rédigé en italien médiéval, codé sous forme d’anagramme.
Mais, étrangement, ses études l’ont amenée à modifier l’alphabet EVA… Car cela ne collait tout simplement pas! Voici la version Sherwood de l’alphabet voynich :

Le problème, même si cela paraît cohérent, c’est que c’est un peu opportuniste. Sherwood fait disparaître toutes les lettres n’existant pas en italien, et remplace les 37 caractères de l’EVA par seulement 18, faisant l’impasse sur près de la moitié de ce que présente le manuscrit.
Si l’on reprend par exemple la première phrase de l’ouvrage, ,transcrite en EVA :
« fachys ykal ar ataiin Shol Shory cThres ykos Sholdy »
on réalise immédiatement que dès le premier caractère, la version Sherwood ne marche pas! Le caractère transcrit « f » en EVA n’existe pas dans sa version! Idem pour le « h », ou encore le « k »…
Cette simplification à outrance entraîne donc une transcription partielle difficilement justifiable.
Exemple frappant : d’après elle, la phrase suivante

que l’on transcrirait en EVA » ,poxleber umon potifer »
devient selon elle : « Povere leter rimon mist ispero », traduit de façon libre : « La lettre simple rassemble l’inspiration mélangée »…
Comment passer de « poxleber umon potifer » à « povere leter rimon mist ispero »? Hé bien en imaginant que le « x » représente en réalité le suffixe « ver »! Passer de 14 ,lettres à 25 afin d’interpréter une phrase, qui au final n’a pas un sens très évident, cela paraît bien faible comme technique. Loin de moi l’idée de critiquer la méthodologie de cette chercheuse, mais le procédé semble douteux…
De même pour ses conclusions concernant le reste du texte!
Par exemple, la plante illustrée au feuillet 88 recto, qui a pour nom « otaly » en EVA, devient « olaig », anagramme du mot aglio, signifiant ail en italien. Ou encore une feuille mystérieuse du feuillet 102 recto, décrite comme « otol » en EVA, devient « oloi », anagramme de oilo, soit huile…
Bref, si la démarche est honnête, et le travail certain, la méthode est bien trop brouillonne pour être crédible. D’autant que cela ne fonctionne qu’avec des exemples précis… Le reste de l’ouvrage reste indéchiffrable!
Ainsi, l’anagramme permet des conclusions fantaisistes! Exemple de mot pris au hasard : « okarol », qui devient pour Sherwood « olaroi », peut être l’anagramme du mot raiolo, qui désigne une poésie provençale! Preuve que l’auteur était languedocien ! Ce qui bien entendu est totalement faux d’autant que le mot se trouve accolé à une sorte de bac rempli d’acide où mijotent des jeunes femmes!
Pour vous faire votre propre idée sur le sérieux de ces recherches, voici le site de Sherwood (en Anglais, désolé!) :
http://www.edithsherwood.com/index.php
Autre exemple, celui de John Stojko. En 1978, ce philologue amateur a déclaré que le texte était de l’ukrainien ancien dont on avait supprimé les voyelles d’après des travaux avancés de linguistique comparée.
Cependant sa traduction ne correspond pas aux illustrations, et présente des phrases au sens plus qu’étrange. Exemple : «le vide est ce pour quoi lutte l’oeil du bébé dieu»! Pas vraiment convaincant!
Mais afin de ne pas sembler critiquer tout le monde, je fais suivre un extrait de sa traduction.
D’abord, pour les plus érudits, ou les étrangers, ou les ukrainophones, sa transcription, dans laquelle il restitue des voyelles prétendument disparues :
1. Що Око робе заре косе? Хиба Орів хапа. Був, бору і суть повіли. Око боре в злі. Попита се. Ви пита віру Кагалу?
2. Вість одновили і світу повіли. Пише то пишу. Ви те побили Око божиє косе.Повіло Око Бозйа.
3. У свьату по вірі повір і повіта нашу віру і панусьу. Свьаті повіли косо. Се што поборе зло?
4. По вірі поставе Орі і увітеа онову Ора. Се то повіли ви та Бозя.
5. Што повірі повіру у пусті божиї. Пусто вола половили і повезли.
6. Се пишу то повір. Хиба заре се што вола попустиш. Око боре, Ока бере і Око було.
Et pour tous les autres, sa traduction :
1. Qu’est-ce-que le bossu Oko fait maintenant? Peut-être les gens d’Ora que vous massacrez. Je me suis battu, je me bats et dis la vérité. Oko vous vous battez avec malice (manière mal). Demandez cela. Demandez-vous la religion de votre clan?
2. Nous avons renouvelé l’information (nouvelles) et dit au monde entier. Il a écrit et je vous écris. Tu as brisé cet œil oblique de Dieu. Oko Bozia (bébé de Dieu) a répondu.
3. On la croit sainte et vous devez croire et accueillir notre religion, et la demoiselle. La sainte dit de manière oblique. Est-ce le mal qui sera victorieux?
4. Dans la religion, nous décidons d’Ora et Ora accueillera le renouveau. Quelles nouvelles que vous et Bozia annoncez.
5. C’est dans la religion, je crois que dans le vide de Dieu. Vide (vaine) est votre vocation, nous avons pris (arraché) et charrié loin.
6. Ce que j’écris vous devez le croire. Peut-être maintenant que vous appelez vous allez abandonner, Oko se bat, Oko est victorieuse et Oko a été.
Si vous y voyez un sens, vous êtes bien les seuls!
A tel point que certains pensent tout simplement à une supercherie!
D’ailleurs, la filiation des propriétaires du livre ne permet pas d’éclairer les choses…
Le premier propriétaire connu de l’ouvrage, Georg Baresch, était un obscur alchimiste. Comment le manuscrit était-il parvenu jusqu’ici? Mystère…
On sait juste que c’est Rodolphe II, empereur et roi de Bohème, qui lui a remis afin qu’il le déchiffre.
Baresch en envoya une copie partielle à Athanasius Kircher, un jésuite éclairé capable de déchiffrer les hiéroglyphes.
Kircher n’a apparemment pas répondu à l’attente de Baresch. Au contraire, il tenta à plusieurs reprises d’acquérir le livre, mais Baresch refusa.
Là où les choses se corsent, c’est qu’à la mort de Baresch, le manuscrit se retrouva aux mains de Jan Marek Marci, médecin
philosophe ami du défunt.
Le livre ne l’intéressant pas, il le remit à l’un de ses amis, à savoir… Kircher!
Marci joignit une lettre à son colis dans laquelle il précisait :
« Ce livre que m’a légué un ami intime, je vous le destine, mon très cher Athanasius, aussitôt qu’il est venu en ma possession, car je suis convaincu qu’il ne peut être lu par personne d’autre que vous . Le précédent détenteur de ce livre voulait vous demander votre opinion par lettre, en vous copiant et vous envoyant une partie du livre duquel vous auriez pu lire ensuite le reste, mais il a refusé à ce jour d’envoyer le livre lui-même.
Pour son déchiffrement il devolut un labeur soutenu, comme est apparent de la tentative que je vous envoie présentement, et il abandonna l’espoir de trouver durant sa vie. Mais son labeur aura été vain, tel le Sphinx qui n’obeirait qu’à ses maîtres, Kircher. Acceptez maintenant cette marque de témoignage , telle qu’elle est et malgré une longue attente, de mon affection pour vous, et percez ses obstacles, s’il y en a, avec votre succès habituel. Dr Raphaël, précepteur de langue de Ferdinand III, alors Roi de Bohème, m’a dit que le livre évoqué a appartenu à l’empereur Rodolphe et qui offra au titulaire du livre 600 ducats. Il croyait que l’auteur était Roger Bacon, l’anglais. Sur ce point, je suspends mon jugement. C’est votre rôle de définir pour nous quelle vue nous prendrons sur le sujet, vers qui par grâce et bonté je me confie sans réserve, et restant aux ordres de votre révérence »
Le livre sera conservé par Kircher, puis selon toute vraisemblance, par l’Université Jésuite.
Il a déménagé avec tous les autres ouvrages à la Villa Mandragone, à Frascati, près de Rome, en 1866.
Ce n’est qu’en 1912 que Wilfried Voynich, libraire de son état, en deviendra propriétaire, par hasard…
Faute de place, et de moyens, les Jésuites avaient organisé une vente dans laquelle ils se débarrassaient de tout un tas de choses. Voynich acheta 30 ouvrages, parmi lesquels figurait le fameux manuscrit qui finira par porter son nom. A sa mort, en 1930, il revint à sa veuve qui mourut en 1960. Après ,un bref passage entre les mains d’un marchand de livres anciens, Hans Kraus, l’ouvrage sera donné à l’Université de Yale en 1969 faute d’acheteur.
Donc en résumé : Rodolphe II, puis Baresch, puis Marci, puis Kircher, puis Kraus, et enfin l’université de Yale!

Roger Bacon, auteur suspecté, l’a-t-il réellement eu entre les mains? Seule une phrase mystérieuse et lourde de sens le laisse croire. Dans sa « lettre sur le travail secret de la nature et l’incapacité de la magie », il dit :
« Ne serait pas sain d’esprit l’homme qui écrirait un secret d’une toute autre façon que celle qui la dissimulerait du vulgaire et la rendrait intelligible seulement avec difficulté même aux scientifiques et aux étudiants consciencieux. »
Indice un peu maigre, vous en conviendrez…
Mais que nous apprennent les illustrations?
Hé bien, pas grand chose!
Les divers feuillets présentent de illustrations indéchiffrables qui paraissent totalement dénuées de logique. De plantes méconnues en schémas mystérieux, de machines inexistantes en plans illogiques, le manuscrit est un voyage à travers l’inconnu.
Il ne se dégage aucune cohérence de cet ensemble de pages, et personne ne peut affirmer comprendre de quoi il traite au juste.
Il reste à parler du « Codex Seraphinianus », qui est une réponse directe au manuscrit de Voynich. Vers la fin des années 70, Luigi Serafini, artiste de son état, décida de rédiger un ouvrage dans un alphabet inconnu, présentant au sein de 11 chapitres délirants les relations entre les humains et les extra-terrestres.
Bien que destiné à décrédibiliser le manuscrit, son ouvrage reste une base de travail fascinante, car contemporaine. Serafini a dit lui-même qu’il livrerait la clé de son livre sur son lit de mort.
L’alphabet utilisé ici est trop vaste pour n’être qu’un alphabet, et trop restreint pour être un syllabaire. Le texte présente donc le même aspect mystérieux que celui de Voynich…

Quant aux illustrations, elles présentent les mêmes caractéristiques, à savoir des dessins parfaitement lisibles, mais dont le sens est totalement indéchiffrable!



Serafini décrit son ouvrage comme une utopie, une simple expérience, mais son talent rend la chose véritablement fascinante!
Voici en format pdf le texte intégral du codex seraphinianus.
S’agit-il d’un ouvrage de sorcellerie, d’un manuel scientifique, ou bien d’une habile supercherie? Impossible de répondre à ce jour à cette question. Et comme je ne prétend pas connaître la vérité, je me contenterai de vous présenter ici la version « complète » du manuscrit de Voynich.
A vous de l’étudier pour tenter d’en tirer quelque chose…
Et si jamais vous parvenez à une découverte convaincante, vous lèverez ainsi le voile d’un mystère vieux de 600 ans!








