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J'avais treize ans quand tout a commencé... Trop jeune pour comprendre certaines choses, mais suffisamment mur pour analyser le monde qui m'entourait. Tous voulaient se démarquer, etre original ; moi, je n'aspirais qu'à me fondre dans la masse...


Mes journées scolaires étaient toutes identiques : brimades, moqueries, coups et humiliations. On prétend que l'on peut s'habituer à tout, meme à l'Enfer ; j'en étais alors convaincu car ma vie n'en différait que très peu. Oh, je sais ce que vous pensez... Pourquoi me laissais-je faire? Mais comment lutter seul contre tous? J'étais délaissé par mes parents, ignorés par mes professeurs et méprisé par mes camarades. Le probleme venait-il de moi? Je me pose encore la question... Mais ce jour-là, un évenement allait se produire, un évenement de trop.


La récréation était pour moi un moment critique, durant lequel je me terrais sous l'escalier du local à ordure du charmant complexe scolaire qui m'accueillait si chaleureusement. Personne ne m'y avait encore découvert, jusqu'à ce jour-là...


Trois de mes tortionnaires me surprirent. Deux d'entre eux me saisirent les bras et m'obligèrent à m'agenouiller tandis que le troisième, s'avançant vers moi, ouvrait sa braguette. Un indicible horreur me prit à la gorge. Je le vis alors exhiber son serpentin érigé et le diriger vers ma bouche. Il ne prononça qu'un mot : "Suce!" Et devant mon refus silencieux, il fit un signe à l'un deux étaux qui m'enserraient les memebres supérieurs, lequel me tira violemment les cheveux. Mais j'étais déterminé, et gardai lèvres closes... Alors le garçon dénudé tendit la main qui ne tenait pas son sexe vers mon nez et me pinca les narines tout en guidant son pénis vers ma bouche. Je sentais le gland caresser ma peau, et l'air commençait à me manquer... Très vite, je n'en pus plus... Ma bouche s'ouvrit toute grande, et j'eus à peine le temps de happer une goulée d'air frais avant que la fellation forcée ne commençat... "Si tu mords, je te tue!" Je ne mordis donc point...


Cela me sembla durer une éternité... La cloche retentit enfin, sonnant le glas de mon calvaire, du moins le croyais-je... Mais je vis avec horreur qu'aucun des trois agresseurs n'y pretait la moindre attention. Et soudain, le liquide chaud et visqueux gicla sur ma langue, maculant ma gorge du sceau de la honte. Comme le sexe ne se retirait pas, je dus avaler pour ne pas étouffer... Enfin il se rétracta ; mais ce n'était pas terminé... Car une fois son serpentin au chaud, mon agresseur plit la place de l'étau de gauche, et vice-versa. Vous devinez la suite : je fus ainsi violé par les trois garçons...


Je ne réintègrai pas la classe ce jour-là. Une fois libéré, et après maintes menaces de représailles si jamais j'en parlais à quiconque, je m'enfuis. J'errai au hasard des dues, ruminant ma rage, bouillant de haine, étouffant de honte... Mon périple prit fin au bout d'une ruelle, bloqué par un grillage que je ne manquai pointde rouer de coups au passage. Lui, au moins, ne se rebifferait pas. Humilié, et fourbu, je m'assis à meme le sol et me mis à pleurer, le visage dans les mains. Quelque chose de froid et d'humide me frola. J'eus un sursaut bien naturel de frayeur, mais ce n'était qu'un chien errant, dont la truffe me flairait. Il me dévisageait, et son regard était incroyablement doux et intelligent... Son regard... Je ne l'oublierai jamais, pas plus que ce qu'il se passa par la suite... Aussi incroyable que cela puisse paraitre, il me parla.


"Mon nom est Kultana. Je suis l'un des protecteurs de ce monde. Aujourd'hui tu vas devenir l'un des notres!
- Comment? Que...? Moi?
- Oui, toi! Tu es une personne seule et triste, mais au fond de toi se cache un grand potentiel qui ne damande qu'à éclore!
- Etes-vous un dieu?
- Il n'y a pas ni dieux ni démons. Il n'y a qu'une poignée de protecteurs tels que moi, qui essaye de règler les problemes quand ils se présentent.
- Excusez-moi, mais vous n'etes pas très efficaces...
- Nous sommes trop peu nombreux et la tache est immense! De plus, certains commettent des erreurs, ou choisissent la voie obscure... J'ai besoin de toi!
- Pourquoi maintenant?! Je suis bien trop jeune!
- Parce que je suis mourant...
-N'etes-vous pas immortel?
- Seul Dieu est immortel!
-Mais vous disiez que Dieu n'existait pas!
-Non, j'ai seulement dit qu'il n'y avait pas de dieux.
- Qui est Dieu? Etes-vous l'un de ses messagers?
-Nul ne sait qui Il est... Selon la légende, c'est lui qui recruta le premier d'entre nous, celui que vous nommez Adam...
-Qu'attendez-vous de moi?
- Tu vas me succéder, et hériter de mon pouvoir : celui de l'inversion.
-L'inversion de quoi?!
- De tout! Tu pourras inverser n'importe quelle situation, et transmettre ce qu'il te plaira entre deux individus, deux villages, deux nations, ou meme deux époques!
-Wahou!
- Mais il y a deux limites que tu ne pourras jamais franchir : la mort, et la loi de l'irreversibilité. Tu ne peux survivre à ta propre mort, et tu ne peux revenir sur tes décisions. Comme j'aurais voulu le faire...
- Quoi?
- Rien... Je me meurs... Demain, tu auras... le don. Sois... un... bon protec..."


La phrase mourut dans sa gorge. Le chien me regardait toujours, mais ses yeux étaient vides, éteints. Et soudain, Kultana s'écroula. Ses poils tombèrent, sa peau se détacha de sa chair, et des milliers d'asticots détruisirent en quelques instants sa carcasse. Ils changèrent de forme aussitot leur travail accompli, et se transformèrent en autant de mouches qui s'envolèrent et disparurent en quelques secondes.
Quand je baissai à nouveau les yeux, il ne restait plus rien de Kultana, plus rien du tout...


Je suis rentré chez moi, n'ai rien raconté de ce qui m'était arrivé ce jour-là, et allai me coucher sans manger. Je m'endormis très vite, mais me réveillai aussitot... Et pourtant la nuit était finie...


J'allai à l'école le coeur léger ce jour-là, certain de la véracité des dires de feu Kultana. Mon premier acte en tant que protecteur serait la vengeance. Je mis mon plan au point, et le réalisai dès le début des cours.
Je me concentrai très fortement afin d'inverser les choses... Le professeur et moi... La veille... Je sentis un frisson me parcourir l'échine, et entendis un son étouffé . C'était le point du professeur qui s'était abattu mollement sur son bureau Je percus un triple souffle d'ébahissement dans mon dos. Mes agresseurs... J'avais réussi, j'avais inversé leurs souvenirs! Et mes assaillants étaient maintenant persuadés d'avoir attaqué le professeur, lequel croyait la meme chose! Il les appela, rouge de colère et de honte, et sortit avec eux. Aucun des quatre ne revint...
J'appris que mes tortionnaires avaient été renvoyés et placés dans un internat militaire, tandis que le professeur avait quitté la région, fuyant le scandale. Cela me rendait un peu triste pour lui, mais ce relatif chagrin n'était pas de taille face au sentiment de toute puissance que je ressentais. Je me sentais invincible...


Mais il n'est jamais bon d'etre trop sur de soi... A la sortie de l'école, je voyais souvent les plus jeunes s'amuser à effrayer les pigeons. Un jeu innocent qui m'avait pourtant toujours scandalisé. Je voulus leur donner une leçon, et me concentrai sur les pigeons... Les enfants... Et j'imaginai ce que ressentiraient ces morveux si les volatiles les harcelaient ainsi... Et la magie opéra!
J'entendis des cris de tereur, des cris d'enfants. Je fus alors confronté à ma première erreur, loin d'etre la seule, malheureusement. Les enfants étaient poursuivis par une vingtaine de pigeons géants. J'estimai leur taille à 3,5 mètres... Les victimes, autrefois bourreaux, couraient en tous sens, mais les puissantes pattes quadridactiles avaient tot fait de les rattraper.... Alors, l'irréparable se produisit. L'un des pigeons, reproduisant ce qu'il avait subi, fit un étrange mouvement qui propulsa deux enfants dans les airs. Ils retombèrent sur le sol avec lourdeur. Le pigeon déploya alors sa patte au-dessous de l'un des deux petits corps, et l'abattit avec force. Je sais que c'est difficile à croire au milieu de ce tumulte, mais c'est pourtant la vérité : on entendit les os se briser. La petite bascula mollement vers l'aarière avant de disparaitre dans l'impitoyable bec d'acier de cet oiseau issu de mon pouvoir...
Les gens du village arrivèrent, armés de tout ce qu'ils avaient pu trouver ; qui un fusil, qui une fourche, qui un sabre prussien... A force de gesticulations et de cris, ils finirent par mettre en fuite les assaillants plumés, lesquels s'envolèrent en rasant les toits. L'un d'eux accrocha au passage le clocher de l'église, dont la pointe cassa, et alla s'écraser sur un petit groupe qui assistait, médusé, au spectacle gratuit que je leur avait involontairement offert. Deux d'entre eux moururent sur le coup ; un troisième succomba pendant la nuit ; un quatrième eut une jambe totalement broyée, si bien qu'on dut la lui amputer.


Bilan : quatre morts, dont un enfant de huit ans, et un estropié... Sans compter cette génération de pigeons mutants qui finit sa triste carrière lors d'une battue organisée dans les trois jours qui avaient suivis. Je compris alors le sens des paroles de Kultana, mais ne pus alors me prononcer sur mon acte. Après tout, je souhaitais que les pigeons se vengeassent ; j'ai été exaucé...


Les mois passèrent sans que j'intervinsse... Je n'osais plus penser de peur de provoquer une nouvelle catastrophe. Et puis un soir, je ne pus m'en empecher...


Une jeune femme de mon quartier avait été sauvagement attaqué la veille au soir. 28 ans, la vie devant elle, mais un malade armé d'un couteau en avait décidé autrement, et elle luttait contre la mort au moment où j'agis. La commère du village, qui aimait à relater avec toujours plus d'emphase ce qu'elle avait entendu dire, racontait à qui voulait l'entendre que le "meurtrier" (c'est ainsi qu'elle le nommait) avait été arreté, et qu'il s'agissait du fils du boulanger, un homme de 37 ans jusque là sans histoires.
Je me concentrai alors sur les deux protagonistes du drame tandis que la commère répétait inlassablement son histoire sur la place du village. Et soudain, son récit se transforma...
"Une vraie folle! Elle l'a littéralment éventré! Je peux vous dire qu'il n'a pas fini de souffrir! J'espere qu'elle va y passer, cette morue!"
Je ne compris pas ce qu'elle voulait dire... je le découvris par la suite avec horreur : la jeune femme ne gisait plus sur le lit d'hopital, et le "meurtrier" n'en étais plus un... Hé oui, grace à moi, c'était elle qui avait attaqué le paisible fils du boulanger.


Malheureusement, il mourut des suites de ses blessures, et la commère ne s'était pas trompé : ce fut très douloureux... Et je n'avais pas sauvé la jeune femme : elle fut executée une semaine plus tard. Je n'avais réussi qu'une chose : que sa mort fut moins douloureuse. Maigre consolation, surtout pour sa famille, qui n'en sut jamais rien! Accablée de honte, elle avait quitté la région, abandonnant sous la contrainte l'innocente jeune fille à sa triste sépulture régulièrement souillée par les crachats de la populace indignée...


Deux ans passèrent pendant lesquels le remords ne cessa de me dévorer. Comme j'aurais aimé qu'on me retirat ce don qui n'avait jusqu'ici provoqué que mort et déolation... Mais l'espoir est une fleur qui jamais ne périt, et en mon coeur meurtri, elle fleurit à nouveau...
Je décidai d'une nouvelle action, non pas en réaction mais en prévention. J'observai mes camarades avec attention. L'un d'eux me semblait en grande détresse, de la meme façon que je l'étais avant que tou ne changeat... Un petit garçon solitaire, à la paleur maladive, et dont le visage n'exprimait que peur et mélancolie... Je l'observai durant des semaines, et la douleur qu'il ressentait raviva en moi le feu le feu apaisé qui bouillonnait jadis en moi : la haine! Alors j'agis...


Je me concentrai sur son image afin que sa nature changeat. Que ses faiblesses devinssent force... Que sa peur devint puissance... Que la frèle chenille devint un immense papillon... Je fus exaucé bien au-delà de mes espérances...


Mon protégé fit parler de lui par la suite. Le monde trembla devant lui, et les morts succédèrent aux morts... Voyez-vous, j'avais négligé un facteur essentiel : l'amour rend faible, la haine rend fort. En voulant changer sa nature, j'avais fait de l'innocent Adolf le terrifiant Hitler...


Oh, bien sur, j'ai tenté de l'arreter, faisant échouer son premier coup d'état, lui faisant perdre telle ou telle bataille...Mais sa force de caractère était trop forte, et pour cause : avant mon intervention, il n'en n'avait aucune!
C'est pourquoi encore aujourd'hui je ne crois pas à son suicide. Après tout la chirurgie rudimentaire de l'époque suffisait pour lui créer un sosie, et je reste persuadé qu'il poursuivit jusqu'à son dernier souffle son oeuvre d'embrigadement, afin de s'assurer une relève efficace.... Et qu'un jour, le Reich renaitra de ses cendres!


Je me sens las, usé par tant d'échecs... Kultana avait raison : la tache est immense. Jusqu'ici je n'ai commis que des erreurs, mais elle m'ont ont appris une chose : on ne peut lutter contre la nature humaine. L'Homme est foncièrement mauvais, pervers, sadique... Et le Mal finit toujours par l'emporter.C'est pourquoi j'ai pris ma décision : je vais choisir la voie obscure...
J'y réfléchis depuis des années, mais la visite hier d'un de mes confrères a précipité les choses...


Son nom était Sartna ; son pouvoir, la guérison. Un gentil, donc, qui s'était mis en tete de me démontrer que nos erreurs n'étaient pas si graves que cela, et que le monde y avait toujours survécu. Il me cita mème des exemples censés me convaincre, des erreurs comparables à la mienne qui donnèrent naissance à des personnages tels que Jules César, Attila, Genghis Khan ou encore Napoléon... Mais cela ne fit que me conforter dans mon idée : le Mal est immortel car il est l'essence mème de l'Homme!
Le ton est monté entre nous, et je n'ai pu me controler : je l'ai étranglé de mes propres mains!


Ce soir je me concentrerai et suivrai les conseils de Kultana : inverser deux époques... J'avais songé à inverser ma place au moment de notre rencontre avec n'importe qui d'autre, mais le risque que les choses se reproduisent est bien trop grand!


Ce soir, j'inverserai deux espèces... L'Homme et le Dinosaure... Ainsi le météore n'aura pas annihilé cette innocente race préhistorique, mais le monstre hideux qui peu à peu avait pris le contrle de la planète...


Ce soir, je détruirai l'Humanité...
CE JOUR LA...
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