
"DRACULA"... Sous ce nom mystérieux se cache le premier de tous les vampires selon certains, le Prince des Ténèbres selon d'autres... Ce mot est synonyme de vampirisme, de buveur de sang, d'orgie satanique, et que sais-je encore... Mais quelle est donc l'origine du mythe?
Le conte Dracula est né sous la plume de l'écrivain Bram Stoker en 1897 dans le roman éponyme, Dracula. Si les choses étaient si simples, l'exposé s'arrêterait là... Mais le sieur Stoker n'a pas inventé son personnage de toute pièce. C'est par hasard qu'il découvrit dans un livre traitant des provinces de Wallachie et de Moldavie rédigé en 1820 le nom du héros sanguinaire qui lui apportera la gloire : Vovoide Dracula.
Vovoide Dracula était un prince qui régna sur la région au 15ème siècle de notre ère. Ce qui attira Stoker dans la description très succincte (et partiellement faussée d'ailleurs) de ce personnage fut son surnom : Vlad IV L'Empaleur. En effet, Vovoide avait la désagréable habitude de faire subir le supplice du pal à quiconque lui déplaisait, à la façon d'un iznogood bien plus cruel. Pour vous figurer sa cruauté, voici une petite anécdote.
A son arrivée au pouvoir, Dracula décrèta qu'il ne devait pas y avoir de pauvre sur son territoire. Il convoqua donc la population désoeuvrée de toute la région pour un banquet somptueux. Les tables dressées étaient immenses, et jonchées de victuailles ; la nouvelle avait fait grand bruit, et le festin fut un succès... Mais en plein repas, l'hôte, le sieur Vovoide "Vlad" Dracula, quitta ses invités sous un pretexte quelconque, ferma la porte de la salle de bal à l'aide d'une très grosse clanche en bois... et fit incendier la pièce! Comme il l'avait décrèté, son royaume n'aurait pas de pauvres ; pour cela, il alla jusqu'à sacrifier des centaines de vies, ainsi qu'une aile entière de son vaste château.
Sa soif de sang ainsi qu'une amusante particularité patronymique suffirent à créer sa légende : le mot Dracula, abusivement traduit "démon", désigne une sorte de créature marine visqueuse proche de la sangsue mais bien plus grande, ressemblant à l'inoffensive hydre de nos lacs. Avez-vous compris? Hé oui, les gens pensaient que Vlad IV était un vampire...
"Comment? Un vampire? Mais je pensais que c'était Bram Stoker qui les avait inventés!", se diront certains, et je ne peux les en blâmer. C'est en effet ce que les divers films, livres, séries ou bandes dessinées nous font penser, car le modèle utilisé est toujours celui de Stoker... Exception notable au passage : la série Buffy contre les Vampires est une des seules à ma connaissance à présenter une vision proche de la légende originelle de ces noctambules sanguinaires.
Pour connaître l'origine du mythe vampirique, replongeons-nous à l'époque de la création du monde... Dieu a bâti un premier monde peuplé de géants habiles pour construire... mais plus encore pour détruire! Cette créature primordiale, que les arabes assimilent au Djinn (le génie d'Aladin en version originale, cf le film Wishmaster pour de plus amples détails), Dieu préféra la détruire par le Feu. Il créa alors une nouvelle espèce, plus docile, une sorte de surhomme... Mais là aussi, sa création le déçut. Il la détruisit donc par les eaux (le fameux déluge...). Ce n'est qu'alors qu'il comprit : il créa une espèce subalterne pour le royaume terrestre (l'Homme) et une race supérieure qui la contrôle depuis les sphères célèstes (les Anges). Et les vampires dans tout cela? Hé bien si le feu est très efficace pour nettoyer ses erreurs, l'eau l'est beaucoup moins. La première espèce n'a laissé aucune trace ; mais la deuxième a eu une chance extraordinaire au moment de son extinction. Tandis que Dieu détruisait ses congénères avec fureur, l'un de ses représentants parvint avant de succomber à son tour à mordre le nouveau jouet de Dieu. Quelle était son intention? Sans doute pas celle de créer cet être hybride que nous appelons aujourd'hui vampire... Mais c'est pourtant bien ce qu'il arriva : dès l'apparition de l'Homme sur Terre, le Vampire était là.
Bien sûr, nous parlons là de mythe, et je n'apporte aucun crédit à cette jolie fable, quoique... Mais cela explique, de façon certes allégorique, que la légende du vampire est très ancienne ; ce qui explique pourquoi Bram Stoker s'en éloigne autant!Son Dracula possède des aptitudes que les légendes (orales) antérieures n'ont jamais décrites, et certaines prérogatives disparaissent au contraire... Voici un portrait du vampire Stokerien.
Dracula est une créature à peine humaine. Ses yeux vitreux, sa peau étrangement ridée, sa stature très imposante en font une personne très impressionnante. Il se déplace très rapidement et dans un silence absolu, car il peut flotter au-dessus du sol, et même prendre son envol vers les vastes cieux. Il ne se reflète pas dans les miroirs. Son ombre possède une sorte d'autonomie, et prend parfois sa place... Ses ongles et ses cheveux sont très longs. Il ne supporte pas la vue d'un crucifix, ni le soleil, ni l'eau bénite, ni l'ail, et le seul moyen de le tuer est de lui planter un pieu aiguisé dans le coeur... Il survit en aspirant le sang de ses victimes...
Reprenons donc cette petite description. Dracula est hideux : il faut que chacun puisse le reconnaître pour ce qu'il est, comme dans les contes pour enfants. Il est très grand, très imposant : il doit faire peur au premier regard. Il se déplace comme par magie : ainsi il est impossible de prévoir son attaque. Il est capable d'apparaître et de disparaître, et de voler : il peut donc attaquer n'importe où, n'importe quand. Pas de reflet dans le miroir : ainsi même s'il se trouvait derrière nous face audit miroir, nous serions incapables de détecter sa présence. Son ombre est vivante : elle peut ainsi sous forme vaporeuse pénétrer par le moindre interstice. Cheveux et ongles sont très longs : c'est une des malheureuses prérogatives d'un cadavre que de voir ces deux éléments continuer à pousser longtemps après le décès. Il ne supporte pas la vue d'un crucifix : Dieu est tout puissant. Il ne supporte pas le soleil : il ne peut donc attaquer la journée quand les rues sont pleines. Il ne supporte pas l'ail : tout le monde peut donc se défendre, l'ail étant à la fois très bon marché et très facile à trouver. On ne peut le tuer qu'à l'aide d'un pieu dans le coeur : il est donc très difficile à tuer, mais sans être invincible. Il se nourrit de sang : ainsi, personne n'est à l'abri.
Et maintenant, voici le vampire pré-Stokerien.
Le vampire est un homme tout à fait comme les autres, du moins en apparence. La seule chose qui le caractérise vraiment est sa constante mauvaise haleine. Il est tout aussi grand que vous et moi, ni plus ni moins. Il ne vole pas sous sa forme humaine, mais peut au besoin se transformer en divers animaux (loup, chauve-souris, araignée, corbeau, rat...). Il ne supporte pas la lumière du soleil, pas plus que le contact de l'eau. Il possède une très grande force physique, mais son corps est aussi fragile que celui de n'importe quel mortel. Par contre, à moins de lui trancher la tête, il revient systématiquement à la vie... Afin de survivre, il se nourrit de divers constituants humains (sang bien sûr, mais aussi foie, coeur, poumon, yeux...).
Reprenons donc cette petite description. Il est comme n’importe quel humain : c’est pourquoi on en peut le reconnaître. Se mauvaise haleine : un signe, non une preuve, de son alimentation particulière. Il est de taille normale : impossible de le repérer. Il se transforme en divers animaux : ainsi il peut se déplacer discrètement partout, et se faire passer pour un véritable insecte. Il ne supporte pas la lumière du soleil : impossible donc d’attaquer en plein jour. Il ne supporte pas l’eau : il suffit donc de créer une barrière aquatique ou de l’asperger afin de le repousser ; de plus il n’attaque jamais par temps de pluie. Il est très fort, mais normalement résistant : il est donc vincible par n’importe qui. Il revient toujours à la vie sauf si on lui tranche la tête : il est donc à la fois immortel et mortel. Il se nourrit de morceaux humains : il récupère ainsi sa part d’humanité le temps d’un repas.
Les divergences sont nombreuses, mais certaines sont très importantes. Quand je dis que le vampire ne supporte pas la lumière du soleil, je veux dire qu’à l’instar de certaines plantes il ne supporte même pas de se trouver à l’ombre en plein jour. La lumière lui brûle la peau instantanément. De même pour l’eau : pas besoin qu’elle soit bénite pour le faire souffrir. De plus, le fait que le vampire se nourrissait prétendument d’organes était bien souvent une explication à de mystérieuses exhumations nocturnes, lesquelles créèrent d’ailleurs le mythe du cadavre brisant son cercueil (ce qui compte tenu du poids de la terre sur le bois est totalement impossible). Les explications divergent à ce propos ; certains y voient des pratiques occultes (cf la comtesse Bathory)… Mais ce qui est sûr, c’est que la contamination par la morsure du vampire n’a pas attendu Stoker pour exister. Cependant, les gens n’y voyaient qu’une sorte de possession démoniaque, et la traitaient avec un simple exorcisme. L’efficacité du traitement placebo par excellence prouve d’ailleurs que dans la plupart des cas, il s’agissait de mythomanie ou de superstition…
Alors qu’en est-il du vampire ? Existe-t-il vraiment ? Oui, il existe une minuscule forme de chauve-souris se nourrissant exclusivement de sang et portant le nom de « vampire ». Mais l’existence des descendants de la deuxième bévue divine est à chercher du côté de la science…
Il existe en effet une maladie, la porphyrie érythropoïétique congénitale, dont les symptômes devraient vous rappeler quelque chose : photodermatite (hypersensibilité à la lumière), troubles psychiatriques (hyperviolence), érichrodontie (déformation de la mâchoire provoquant la surexposition des canines ainsi que leurs phosphorescence nocturne), hyperpilosité (accroissement de la pilosité encore plus visible lors d’exposition au soleil), intolérence à l’ail (qui agrave les douleurs abdominales et la pilosité du malade)… De plus, urine et lèvres du malade sont pourpres. J’ajoute qu’il s’agit d’une affection sanguine qu’une absorption régulière de sang sain pourrait sinon guérir du moins atténuer ; et que fut un temps on compensait une saignée par du sang d’animal que le patient devait boire.
Alors, convaincu ? Moi, non ! « Comment ? C’est son exposé et il n’est pas convaincu ? » Hé oui ! Car si la porphyrie présente bien tous les symptômes réalistes du vampirisme, il subsiste un problème de taille : les quelques cas rarissimes recensés aujourd’hui ont permis de préciser la connaissance de cette maladie découverte il y a relativement peu… Impossible de prétendre que Bram Stoker, ou les diverses superstitions antérieures aient pu s’en inspirer… Les coïncidences sont troublantes, mais ne peuvent constituer une preuve…
Méfiez-vous donc, car au cœur des ténèbres se cache peut-être une créature monstrueuse qui, si elle n’a que peu de points communs avec le Dracula du roman, n’en est pas moins un vampire...