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L'image même du Mal absolu... L'anti-Dieu par excellence... On écorne trop souvent la figure de cette créature des plus mystérieuses qu'est le Diable... Il possède autant de facettes que de noms, et les formes sous lesquelles il peut se manifester sont infinies. Mais qu'on le nomme Baal, Satan, Satanachias, Lucifer, Loki, ou bien encore Seth, il s'agit toujours de la même entité. Le maître du monde souterrain intrigue en même temps qu'il terrifie les masses, car comme tout ce qui est inconnu, on le redoute. Mais quand on étudie un tant soit peu le personnage, la peur s'évanouit pour faire place à la fascination. Voici maintenant l'histoire du Diable. Un premier point sur lequel il est important de s'arrêter est son nom. Car beaucoup des identités qu'on lui prête sont erronées, voire odieusement choquantes. Voici quelques uns des noms du Diable à éviter : - Lucifer : ce nom, du latin "Lux Feris", signifie : celui qui apporte la lumière. Avant une fâcheuse confusion sémantique, ce nom désignait... Jésus! Le Mal n'apportait pas la lumière... - Diable : ce mot du grec diabolon signifie "celui qui divise". Il s'agit d'un objet ayant pour vocation de séparer... Une barrière est donc un diable! - Baal : ce nom est l'abréviation de la locution "Baal Ze Buth", "le Seigneur des Mouches", déformé aujourd'hui en "Bélzébuth". Le problême qui se pose est que d'autres divinités ont porté ce titre... La plus célèbre de toutes est Zeus en personne, dont le nom vient de la locution "Zeus Belos", de sens obscur mais où l'on reconnait sans peine le mot "Baal"... Un seigneur n'est pas un démon... - Satan : le nom le plus commun que l'on attribue au Démon suprême... Mais là aussi, un problême se pose. Le mot Satanachias qui nous a donné le terme plus familier "Satan" est un pluriel! Il désignait à l'origine les hordes d'anges rebelles, que Dieu finira par rejeter. "Satanachias", "Satanas" et "Satan" désignent donc l'ensemble des démons, ce que l'on pourrait appeler le pandémonium. Cela ne s'applique en rien à notre Diable... Ces exemples ne sont là que pour vous montrer à quel point vous êtes dans l'erreur, et combien vos conceprions sont brouillées par le fond de culture judéo-chrétienne aquel nul ne peut se soustraire sous nos latitudes. Pour remettre un peu d'ordre dans tout cela, laissez-moi vous raconter l'histoire véritable du Mal biblique... Nous sommes avant la création de l'Homme. Dieu a crée afin de l'aider dans sa tâche une race à part que l'on nomme aujourd'hui des anges. Oubliez toute représentation classique, les anges n'ont que peu de point commun avec les humains... Si leur aspect exterieur présente des similitudes évidentes, sachez qu'un ange est immortel, ne respire pas, n'a pas de sang ni d'organes internes, ne dort jamais, ne se nourrit ni ne boit pas, et qu'il possède une force et une agilité digne des héros des légendes grecques. On est loin du français moyen, n'est-ce-pas? Tout est organisé de façon stricte et ordonnée. Dieu est un être suprême qui ne souffre aucune critique, aussi justifiée soit-elle. Mais tout n'est pas parfait dans cet univers... L'omnipotence de Dieu dérange, et certains de ses sujets commencent à se demander pourquoi lui obéir aveuglément. Après tout, ils ne sont pas de simples employés ; ils sont presque l'égal de Dieu! Alors pourquoi servir ainsi un seigneur despotique avec lequel il est impossible de discuter, et pour qui chacun des anges est quantité négligeable face à lui? C'est la question que va poser un ange parmi tant d'autres, celui que nous nommons à tort Satan, et dont le nom véritable n'est connu que des anges eux-mêmes. Le débat "populaire" est lancé. Et les factions d'anges, jusqu'alors totalment unie sous la houlotte du Créateur, commencent à se fissurer... Deux groupuscules apparaissent. D'un côté les traditionnalistes, pour qui le changement est non seulement inutile mais dangereux, et que l'on qualifierait aujourd'hui de "réactionnaires" ; et de l'autre, les contestataires, pour qui l'omnipotence de Dieu n'a pas de fondement moral, et que l'on nommerait "révolutionnaires". Le postulat des rebelles, qui adoptent très vite comme chef celui qui a provoqué le débat, est simple : Dieu est tout-puissant, certe, mais l'addition du pouvoir de ses créatures serait suffisant pour contrebalancer son influence, voire l'annuler... Mais Dieu ne peut permettre un tel affront! Il est la source de tout ce qui existe, et ne peut accepter qu'on le renie ainsi. Mais une part très importante de ses assistants lui reste fidèle ; il ne peut donc pas décider de tout détruire. Alors l'inévitable se produit : emmenées par leur chef ambitieux, les hordes rebelles s'attaquent aux portes du Ciel. C'est la guerre au paradis... Les victimes sont nombreuses, et inexistantes à la fois! Car, rappelez-vous, les anges sont immortels... Chaque corps une fois meurtri retrouve une parfaite santé. L'issue d'un tel conflit est donc stérile. Cependant, les troupes "loyalistes", plus nombreuses, parviennent à encercler le front rebelle qui n'a d'autre option que de se rendre... La colère de Dieu est terrible... Dans tout l'univers résonne son cri de rage à l'encontre de ses enfants qui l'ont trahi... "Satan" explique son point de vue, et tente de parlementer... Mais l'ire divine s'abat sur lui avec une violence inégalée : les troupes rebelles sont purement et simplement bannies du paradis. Afin qu'on pût les reconnaître aisément, leur aspect fut modifié. La beauté parfaite qui caractérisait tous les anges deviendra pour eux une parfaide laideur. On trouve nombre de récits faisant état de démons boiteux, borgnes, manchots ou nains, et leur laideur est un fait bien connu. De plus, certaines de leurs prérogatives leur sont enlevées... Si les anges se jouent de la gravité avec une aisance infinie, les rebelles, eux, la subiront de plein fouet. Quant à leur lieu de résidence, il ne peut plus être dans le ciel... Il sera donc en son parfait opposé : sous terre. Mais "Satan" ne se laisse pas abattre pour autant. Ce que la Bible ne dit pas, la mytologie nous l'explique. Souvenez-vous du partage du Monde selon les légendes grecques... Dieu, alias Zeus, partage le monde avec ses frêres. L'un aura la charge du royaume des mers, Poséïdon ; l'autre celle du royaume des morts, Hadès. Hé bien si la figure de Poséïdon a disparu de nos jours, celle d'Hadès est resté : notre roi des Enfers s'appelle le Diable! Le Mal? Peut-être... Et pourtant, voyez ce que nous dit la religion, les religions, quand une catastrophe se produit : "Dieu nous a puni!", "Telle était la volonté de DIeu!", et mon préféré, "Les voies du Seigneur sont impénétrables!"... Voyez-vous le mot "diable" dans tout cela? Non... Car tout ce qui se produit est contrôlé par Dieu, ce qui signifie que tout le Mal qui existe sur Terre est sous son contrôle... Pascal, le philosophe, était arrivé à une conclusion d'une logique frappante à ce sujet. Il disait qu'il y avait deux explications à l'existence du Mal sur terre. Soit Dieu ne pouvait l'empêcher, soit Dieu le provoquait. Dans le premier cas de figure, notre créateur serait simplement impotent ; dans le deuxième, il serait malveillant... Mais Dieu est un être suprême, capable de tout... Je vous laisse donc conclure par vous-même! "Satan" n'est donc pas le monstre ignoble que l'on nous décrit. Certe il a trahi son Dieu, et a remis en cause son pouvoir... Mais Dieu ne l'a pas détruit pour autant... Pourquoi? Pour le garder à son service. En tant que traître, il saurait accueillir ses semblables! Le royaume souterrain d'exil forcé est devenu au fil du tems le repère de tous les damnés déchus du paradis. Peite remarque au passage... Dieu a chassé "Satan" du paradis, et l'a envoyé en Enfer... Mais quand il a chassé Adam de l'Eden, il l'a envoyé sur Terre... Cela vous paraît-il logique que le créateur applique un châtiment différent à une créature inférieure? Non... Selon toute logique, Adam a fini en Enfer! Mais laissons là la théorie et passons à la pratique! Mon but est de vous montrer à quel point l'on vous ment... Quand je dis Diable, que voyez-vous? Une peau écailleuse rouge, des cornes, une langue de serpent, des pieds de bouc, une queue fourchue... Laissez moi vous décrire une créature spécifique : elle a deux cornes sur la tête, une langue de serpent, une queue fourchue, des pieds de bouc, et une peua écailleuse rouge... La créature que je viens de décrire est le dieu Pan, de la mythologie grecque! Un simple satyre violeur de nymphes qui n'a aucun rapport avec notre fond de religion... Pourquoi avoir confondu les deux entités? Sans doute à cause de la mauvaise réputation de Pan... Mais notre Diable n'a rien à voir avec lui... Parlons de l'enfer... Des flammes éternelles où se consument à tout jamais l'âme des pécheurs... Savez-vous pourquoi nous imaginons cela? Simplement car à l'époque de la Bible, il n'y avait pas plus grand danger que le feu! Cet élément dévastateur suffisait à terroriser les masses abruties par les sermons dominicaux. Mais imaginez maintenant ce qui serait pire que le feu... Les humains aiment la chaleur, le farniente au soleil, la bronzette au bord de la piscine, la sieste à la plage... Mais interrogez n'importe qui sur l'hiver, et vous obtiendrez la même réponse : "L'hiver? Je déteste! Il fait bien trop froid!" L'enfer peut donc être, et c'est plus vraisemblable, un immense désert glacé où il est impossible de se réchauffer... Imaginez les deux éventualités... Laquelle est la plus désagréable? Pour terminer ce bref mais édifiant exposé, revenons un instant sur le Diable lui-même... Dieu est sensé l'avoir banni à tout jamais, hou le vilain!, et toutes ces fadaises... Mais il l'utilise pourtant afin de soulager le paradis des âmes qui ne le méritent pas... Etrange, n'est-ce-pas? La vérité est que "Satan" et son Céateur ont un accord : le Mal déleste le Bien de ses brebis égarées en échange d'une grande liberté et de pouvoirs imposants. Qu'on le veuille ou non, Dieu a passé un pacte avec le Diable... |
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| Lucifer, ou l'ambition contrariée |