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LA NAISSANCE D'UN MYTHE
Avez-vous déjà remarqué combien un rêve peut marquer votre vie ? Non ? Hé bien, laissez-moi vous raconter celui qui a changé la mienne…
J’avais à peine quatre ans. L’innocence personnifiée… Un gentil petit garçon, doux et assez intelligent pour mon âge… Et puis, un après-midi d’été, tout a basculé.
Vous avez dû connaître cela, dans votre enfance, la sieste obligatoire. Ma mère en était une farouche adepte. Evidemment, jamais je ne trouvais le sommeil… Et ce jour-là, comme mille fois auparavant, je me préparai à feindre de dormir. 
Je m’étendis sur le lit, accablé de chaleur et déjà sous l’emprise de l’ennui, quand soudain le tonnerre gronda au loin. Excité par la perspective d’une douce pluie estivale, je me précipitai à la fenêtre, mais rien… Pas même un nuage ne venait troubler le lourd ciel d’azur.
Un peu déçu, et surtout intrigué, j’étais sur le point de me recoucher quand j’aperçus au loin un tout petit nuage violacé. Un « nuage » un peu particulier car il grandissait à vue d’œil…
Au cœur de ce magma tuméfié de chairs incandescentes se dessinait peu à peu des traits humains. Quand il eût envahi le ciel tout entier, le visage était enfin visible…
Ses traits étaient flous et indistincts car faits de la même matière spongieuse à l’éclat pulsatile… Mais ses yeux, eux, se détachaient très nettement, deux braises qui semblaient vivantes. Son nez n’étaient que plis et replis, et ses dents étaient des crocs dressés hors de sa gueule, car je ne peux me résoudre à appeler bouche cet amas chaotique de chair et d’émail.
La créature se mit alors à me parler…
Malheureusement, le temps dans sa ronde incessante s’est emparé de ses paroles, me les dérobant à jamais. Tout ce dont je suis sûr, c’est qu’il m’appelait par mon prénom…
Quand il eût terminé, il se retira, s’enfonçant au plus profond du nuage, lequel s’amenuisait lui aussi. Mais peu avant qu’il n’aie totalement disparu, un bras titanesque jaillit soudain, couvrant d’une ombre glacée le paysage alentour. Une main énorme se tendit vers moi, et ses ongles, de véritables griffes, se refermèrent sur l’azur à la limpidité retrouvée, zébrant le ciel de cinq rayures mauves. En un instant, le bras était retourné dans les entrailles du nuage, et soudain, je m’éveillai.
Comme je vous l’ai dit, je ne m’étais jamais endormi jusqu’alors, et à vrai dire, je ne m’étais rendu compte de rien.. Et pourtant, je ne pouvais nier l’évidence : Morphée m’avait vaincu.
Tout retourné, j’allai à la fenêtre pour respirer un peu d’air frais, et … vous devinez la suite. Au loin, dans un ciel de plomb, un tout petit nuage était en train de disparaître, surplombé par cinq traînées violacées…
Je ne saurai jamais ce qui m’est arrivé ce jour-là… Tout ce que je sais, c’est que l’aspect plus ou moins satanique de mon visiteur ne peut être né de l’esprit innocent d’un garçonnet de quatre ans…