
Ce terme enflamme l’imagination populaire depuis des générations ; pourtant, ce que connaissent les gens du mythe est souvent plus que limité. De plus, les produits « culturels » de masse ont diffusé quantité de déformations apportées au mythe originel… Avant toute chose, voyons donc ce qu’est un loup-garou.
Le loup-garou, terme hautement impropre d’ailleurs, désigne un être humain transformé par un sortilège en une créature des ténèbres abusivement comparée au loup. L’expression vient du vieux français « se garer de », qui signifie « se méfier de ». Au départ, un loup-garou est un loup dont il faut se méfier.
Pourquoi ce terme? Hé bien la raison est simple! Un loup seul a peur de l’homme, et ne l’attaque jamais. Tandis qu’en meute, il devient un adversaire mortel. Mais le loup-garou est éminemment dangereux, même seul! Le problême de cette expression est qu’elle assimile la créature à un loup…
Le terme le plus approprié pour parler de ladite créature est « métamorphe », ce qui signifie « qui a changé de forme ». On utilise parfois le mot « lycanthrope », « homme loup », mais il a le désavantage d’avoir une connotation psychiatrique. La lycanthropie est en effet une maladie reconnue où la victime se prend pour un loup et revient à ses instincts bestiaux les plus primaires. Rien à voir avec notre métamorphe…
Comment devient-on métamorphe? Pas comme vous le pensez, j’en ai peur… Selon la version la plus répandue, il faut pour cela être mordu ou griffé par un loup-garou, qu’il soit sous sa forme humaine ou animale. Mais cela pose un gros problême! A l’instar de l’oeuf et de la poule, il a bien fallu un début à la chaîne! Cette version est tout simplement fausse…
La légende originelle se présente sous plusieurs versions…
La première veut qu’un loup banal aurait un jour croisé la route d’une créature du Mal. Certains parlent de Satan en personne, d’autres d’un simple démon, d’autres encore d’une sorte de mauvais sorcier… Ce loup, se sentant menacé par l’aura maléfique de la créature a souhaité se défendre… Il s’est jeté sur lui, et serait devenu suite à la morsure une créature du Mal. (Soit la morsure l’a contaminé, soit le démon l’a maudit).
La deuxième, plus romancée, inverse les rôles. Un homme aurait rencontré un démon mystérieux à tête de loup, qui l’aurait maudit pour avoir vu son vrai visage.

D’après les éléments physiolgiques et les « témoignages » (si on peut les appeler ainsi), seule la première version est crédible, à savoir que le premier loup-garou n’était pas humain.Le maléfice qu’il subissait, lié aux phases de la lune, source des pouvoirs occultes, le condamnait à se transformer en une monstrueuse bête meurtrière. La suite est évidente, et sans doute imprévue par celui qui avait lancé le sort : à la faveur d’une morsure, la malédiction s’est transmise à l’homme…

Contrairement à ce que l’on croit, la transformation du métamorphe n’a pas lieu lors de la pleine lune, en tout cas pas complètement. Elle commence trois à quatre jours auparavant, et s’achève trois à quatre jours plus tard. Ce n’est que le soir de pleine lune, quand l’astre nocturne est à son apogée, que la puissance de la créature est totale. Durant la phase qui précède et qui suit ce climax, le corps se transforme graduellement. Les dents tombent, et sont remplacées par des crocs, tandis que les ongles se détachent et que poussent les griffes. Puis, la pilosité tout comme l’appétit augmentent de façon exponentielle. A ce stade, la soif de sang devient dangereuse ; bien que non finalisée, la créature est déjà mortelle. La veille de la pleine lune, les sens du métamorphe décuplent en acuité. Les oreilles acquièrent la capacité de s’orienter en direction du son ; elles se couvrent d’un fin duvet. Les yeux sont recouverts par une sorte de cataracte noire sous laquelle l’iris se métamorphose à son tour ; à ce stade, la bête voit dans l’obscurité la plus totale.
La nuit de la pleine lune, enfin, la transformation s’achève. La peau du corps se déchire cmme une toile, et la carcasse animale explose littéralement.La cage thoracique s’agrandit pour accueillir les trois coeurs et les quatre poumons de la créature, qui lui octroient une endurance absolue. Son visage prend l’aspect plus ou moins repoussant de son créateur : une gueule de loup… Alors, la bête est toute puissante!
Vous êtes étonnés, et c’est normal. Vous êtes sceptiques, et c’est compréhensible… Mais ce que je viens de décrire est le mythe originel… Le loup-garou ne peut tout simplement pas vivre parmi les autres hommes, car près du huit jours par mois, il possède une forme animale.
Seulement, certains aspects de ce mythe ne plaisaient guère au grand public ; c’est pour cela qu’ils n’ont jamais été repris ni au cinéma, ni dans les bandes dessinées.
Par contre, l’aversion du loup à l’argent fait partie de la légende première. Mais pourquoi? Hé bien les capacités extraordinaires de régénération du métamorphe se trouvent complètement paralysées quand la blessure est faite avec une arme de ce matériau.
Comme dans tout mythe, il existe deux explications : l’une bassement matérielle (pour rendre la chose plus palpitante), l’autre symbolique (pour un minimum de crédibilité ésotérique). D’un point de vue matériel, l’argent est très cher, et difficile à mettre en forme ; cela en fait donc un moyen délicat pour tuer la créature. D’un point de vue symbolique, l’argent est l’opposé opposé exact à la puissance de la Lune. De même que le plomb isole des radiations atomiques, l’argent isole des radiations lunaires. Le loup se retrouve donc privé de la source de son pouvoir.
Cela dit, l’effet n’est pas celui que l’on peut voir au cinéma… Pas de fumée, pas de hurlement, pas de retransformation en humain… La blessure ne guérit pas, un point c’est tout. Un garou blessé ainsi ne se régénère qu’à condition de laver la plaie de la limaille qui la couvre. Mais comme je l’ai dit plus haut, la métamorphose est irréversible tan que son cycle n’est pas achevé. Même s’il meurt, le loup-garou garde une forme inhumaine. Seulement, privé de sa vie, il est également privé de son pouvoir, de sa force surnaturelle. Un garou mort n’est rien de plus qu’un loup, indétéctablement normal! Quant au délire sur la détransformation dès qu’un nuage cache la pleine lune, alors là…
J’ai dit que la transformation était irréversible… Ce n’est pas tout à fait exact… Il existe deux moyens de briser la malédiction, tous deux très difficiles. Le premier est de retrouver le loup qui vous a mordu et de le mordre à votre tour lors de sa phase métamorphe. La double exposition des cellules à un sang mutant à l’effet d’un cancer ; les cellules anormales sont détruites par l’organisme, et le garou redevient purement humain. La difficulté de la chose est que cela doit se faire lors de la pleine lune, c’est-à-dire lorsque le loup est le plus puissant. C’est le choc des titans, un combat à mort… Le second moyen est plus simple à réaliser en théorie… Il « suffit » au garou de féconder une femme humaine lors de la pleine lune… puis de mordre le bébé au moment exact de sa naissance! La mutation passe alors dans le corps de l’enfant, où elle n’est pas rejetée puisque l’ADN est très proche. Et le sang de ce bébé sain guérit celui de son père. L’inconvénient de cette méthode est qu’il est mortel pour la mère (le cordon ombilical la reliant au bébé en mutation la contamine, et la puissance en est telle qu’elle y succombe). De plus, elle ne fait que créer une nouvelle lignée. Elle déplace le problème au lieu de le supprimer…
Voilà pour le mythe ; parlons de la réalité maintenant. Dans la plupart des cas, les métamorphes signalés par des victimes ne sont que des… ours! Hé oui! L’aspect velu, griffu, dentu de la bête incriminée n’est qu’interprétée par la personne attaquée ; son esprit déforme la réalité pour en faire un épisode surnaturel. Car de toute façon, si la métamorphose était si aisée, le monde serait empli de métamorphes.
